Découverte des arbres géants du Redwood National Park en Californie

Nichés entre la chaîne côtière et les vagues du Pacifique, en Californie, la tête noyée dans les brumes océaniques, les plus hauts arbres au monde ont longtemps subi l’assaut des haches et des tronçonneuses. Il s’en est fallu de peu pour que les Redwoods du nord californien ne disparaissent à jamais. Découverte.

A 40 km au nord de la ville d’Eureka, près de San Francisco, le Tall Trees Grove accueille les visiteurs à pied, après une marche d’une petite demi-heure en direction de la rivière Redwood Creek qui se jette, 10 kilomètres en aval, dans l’océan Pacifique. Sur les rives, les séquoias « sempervirens » – nom français du Redwood- atteignent des hauteurs vertigineuses.

redwood-2 Le plus grand mesure plus de 112 mètres. Ici, pas question de faire passer son véhicule à travers quoi que ce soit.  Les arbres géants du Redwood National Park en Californie sont bien protégés. L’ambiance est toujours tamisée : la lumière a bien du mal à percer les multiples couches végétales, Redwoods, rhododendrons géants, érables à grandes feuilles et un formidable tapis de fougères qui dépasse souvent un mètre cinquante de hauteur. Si je m’écarte de l’étroit sentier, je me retrouverais vite noyé sous la végétation.

Cette forêt a quelque chose de magique, de surnaturel, un caractère que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Une découverte permanente. Pourtant, en conduisant jusqu’ici, la vue de collines coupées à blanc donne l’impression qu’un drame s’est produit. Et pour cause : dans chaque bar, hôtel ou lieux touristiques de la région, un pan de mur est réservé aux photos noir et blanc des pionniers maniant d’immenses scies à deux manches, posant fièrement devant des troncs abattus ou se tenant debout, en groupe de 15 ou 20 personnes, sur des souches de plusieurs mètres de diamètre… Des clichés montrent des collines désertes, décharnées mais jonchées de souches fantomatiques. Le Redwood a en effet pâti, dans le passé, de son caractère exceptionnel.

Les troncs sont tellement énormes qu’il faut inventer des machines pour les extraire des forêts. Les ânes, utilisés traditionnellement comme outils forestiers, sont bien incapables de réaliser ce tour de force. Qu’à cela ne tienne : John Dolbeer crée en 1882 la machine « steam donkey » – âne à vapeur – et les grands arbres quittent leur habitat en position horizontale. Excellent matériau de construction, résistant aux attaques d’insectes et au feu, le Redwood est utilisé pour édifier les grandes villes de la jeune Californie : San Francisco, Los Angeles, Sacramento…

Sauvés par la distance

S’ils avaient poussé sur la côte Est, il est vraisemblable que la seule façon d’admirer les Redwoods aujourd’hui serait d’ouvrir un livre d’histoire.

En cela, le parc de Redwood, comme de nombreux parcs de l’ouest américain, doit sa protection à son éloignement géographique et sa « découverte » tardive. Mais pas seulement. Dès 1918, la Ligue de Protection des Redwoods – Save-the-Redwoods-League – entame les efforts de conservation de la forêt primaire. En 1920, trois parcs étatiques – Del Norte Redwood State Park, Jedediah Smith Redwood State Park et Prairie Creek Redwood State Park sont créés, mais il faudra attendre 1968 avant que le parc National de Redwood ne voit le jour. A cette date, la forêt primaire originelle, qui s’étendait du nord de la Californie jusqu’au sud de San Francisco, couvrant plus de 8 000 km² de frange côtière, a été décimée à 96%.

Les 4% restant sont bien protégés et la ligue poursuit sa lutte en faveur des forêts. Si la destruction quasi-totale des plus grands arbres de la planète laisse un goût amer, l’utilisation du Redwood a néanmoins profité à l’essor économique de l’Etat de Californie.

Sans le Redwood, le Golden State ne détiendrait certainement pas sa place de 6ème puissance mondiale. Il est cependant regrettable que les hommes aient une vision à si court terme. Les Redwoods représentent un bien inestimable en termes de biodiversité, comme l’a reconnu l’Unesco en 1980 en déclarant le parc national de Redwood « patrimoine mondial de l’humanité ». Ours noirs, pumas, couguars, mais aussi pélicans bruns et otaries de Steller sur la côte Pacifique, comptent sur les grands arbres pour assurer leur avenir. Il serait bon que l’homme prenne conscience qu’il y va aussi de sa propre survie ! Et puis que diront nos enfants, si, un beau jour, Babar ne peut plus traverser les arbres en voiture ?