Extrait de l’allocution prononcée au Palais de la découverte par Nicolas SARKOZY, Président de la République, en hommage au chercheur Pierre-Gilles de Gennes.
Palais de la découverte, Paris, le mardi 5 juin 2007
"... Pierre-Gilles de Gennes est mort. Mais son souvenir et son enseignement sont vivants.
Il est bien que cet hommage de la France et de la science lui soit rendu ici, dans ce Palais de la découverte qu’il aimait tant, Madame, où il amena si souvent ses enfants et ses petits-enfants pour essayer de leur faire partager cet amour du savoir et de la vérité qui est au fondement de l’esprit scientifique.
Il est bien que soient réunis ici tant de savants éminents, tant de chercheurs français et étrangers pour saluer sa mémoire. Mais dans ce monde de la performance et du rendement, où personne n’a plus de temps pour les autres et même plus de temps pour soi-même, votre présence est la preuve qu’au fond de la science et de la technique, il demeure éternellement cette part d’humanité que portent en eux les plus grands savants. Parce que les plus grands savants sont d’abord des hommes et des femmes qui ont une éthique, qui ont une sensibilité, qui ont une morale et dont la puissance créatrice est indissociable de leur conception de la vie. Et nous savons tous que le souvenir de cet homme que nous honorons aujourd’hui ne demeurera pas seulement dans les manuels de physique il demeurera dans les cœurs, les coeurs de ceux qui l’ont connu et auxquels il a communiqués son amour de la vie. Mais sans l’amour de la vie, Pierre-Gilles de Gennes n’eût pas été ce qu’il a été.
Alors à un moment où le progrès se trouve remis en cause, non pas seulement dans son contenu, mais dans son idée même. A un moment où la science se trouve attaquée, où la foi en la raison vacille, où l’autorité scientifique se trouve ébranlée au tant que toutes les autres formes d’autorité par une crise de défiance sans précédent, je voudrais vous dire ma confiance en vous, ma confiance en la science et ma confiance en la connaissance.
Je voudrais vous dire qu’à mes yeux, la France n’a pas d’atouts plus précieux que ses savants, que ses chercheurs, sa grande tradition scientifique, et que dans le monde tel qu’il est, je suis convaincu que c’est la science qui prépare l’avenir.
Je vous le dis, l’Etat sera à vos côtés pour vous aider, pour vous accompagner, pour vous donner les moyens de chercher et par-dessus tout de trouver.
Je vous le dis, dans le projet éducatif que je proposerai bientôt à la France je mettrai à la première place l’éveil à la science, à son esprit, au sentiment de sa grandeur et de sa beauté.
Je souhaite une école qui donne à nos enfants le goût d’observer et la curiosité de comprendre par lesquels commence toute vocation scientifique.
Je souhaite une école qui redonne à nos enfants la joie d’apprendre, je répète, la joie d’apprendre, le goût de la connaissance comme une récompense après le long effort de la pensée. Il peut y avoir de la joie dans l’effort.
Pierre-Gilles de Gennes se faisait un devoir d’ouvrir les esprits, de susciter les vocations. Il savait que pour que la science ait toute sa place, il fallait qu’elle pénètre dans la vie, qu’elle sorte du laboratoire, qu’elle aille à la rencontre du plus grand nombre, qu’elle devienne, au fond, une culture partagée. Toute sa vie, il a incarné la synthèse la plus parfaite entre la plus haute exigence intellectuelle, la plus grande ouverture d’esprit et la plus forte volonté de se mettre à la portée de tous parce qu’il était convaincu que la science était le bien de tous les hommes et la condition du progrès humain.
C’est ce que je vous propose de continuer ensemble pour faire obstacle aux forces obscures qu’on voit aujourd’hui défier la raison et menacer la civilisation.