Mexique, Détour par la ville fantôme de Real De Catorce

Au Nord du Mexique, à la lisière de la Sierra Madre Orientale et au centre d’un paysage désolé, est juchée, à plus de 2700 mètres d’altitude, une ville dite « fantôme », Real De Catorce. J’entendais beaucoup parler de cette ville, de sa beauté unique et de son atmosphère étrange. J’appris aussi qu’elle fut une des villes les plus prospères du Mexique grâce à la richesse de ses mines d’or et d’argent et que près de 40 000 âmes y vivaient au début du siècle, alors qu’ils ne sont que 1500 aujourd’hui. Je décide de partir pour ce lieu mythique, cette ville dont je veux découvrir les mystères et vivre les enchantements.

Le chemin vers Real De Catorce

Le bus s’arrête à la sortie du Tunnel de l’Ogarrio, ne pouvant laisser passer les véhicules que dans un sens. Ce tunnel est pour moi le passage secret qui va révéler quelque chose d’extraordinaire.
Durant les deux heures de trajet qui me mènent à Real De Catorce, mon œil fixe un paysage aride et hostile. Quelques arbres parviennent à lutter dans ce milieu désertique et me font penser aux Joshua Trees du sud-ouest Etats-Unien. Les 30 derniers kilomètres sont spectaculaires. La route, pavée, serpente sur le flanc d’une montagne escarpée. Le bus s’arrête à la sortie du Tunnel de l’Ogarrio, ne pouvant laisser passer les véhicules que dans un sens. Ce tunnel est pour moi le passage secret qui va révéler quelque chose d’extraordinaire. A première vue, je me méfie. La première rue de Real De Catorce dans laquelle je pénètre regorge de petites échoppes à souvenirs, de restaurants et de véritables vaqueros me sollicitent pour des randonnées à cheval dans le désert. Je commence à me demander pourquoi cette ville est qualifiée de fantôme.

Real De Catorce

Cependant, je ne perds pas patience et après quelques centaines de mètres, un autre décor apparaît. J’aperçois en premier l’Eglise de la Purisima Concepcion, imposante, à la façade néoclassique. Elle se situe au centre de la ville et constitue un important point de repère. A l’intérieur, je suis surpris par la prédominance du style baroque. L’église a la particularité de posséder une statue de Saint-François d’Assise dont on dit qu’elle accomplit des miracles. Une salle est destinée aux Ex-Votos, c’est-à-dire des remerciements sous forme picturale des miracles accomplis par le Saint. Je suis étonné et souvent amusé par la retranscription de ces petites histoires hors du commun. Dehors, je me rends compte que presque toutes les constructions paraissent être à l’abandon. Certaines maisons sont en ruines et la végétation y a pris le dessus. Le sol pavé est poussiéreux, les ruelles cabossées et vallonnées sont souvent vides.

Les âmes du passé

Ce qui est étrange à Real, c’est de ressentir la présence des âmes du passé. Celles des riches habitants d’une ville autrefois prospère mais qui connut la ruine suite à la montée du cours de l’argent et des conséquences de la Révolution mexicaine.
On ressent un réel envoûtement lorsque l’on se promène près de ces bâtiments en ruines. Je suis inévitablement plongé un siècle en arrière. La nuit à Real est encore plus belle. Je me balade le long du mur du cimetière. Le vent se lève, faisant grincer les portes des maisons abandonnées. Les lampadaires se dandinent et créent une musique énigmatique. La lumière de la lune est tellement puissante que l’on distingue nettement les montagnes environnantes. Elles ont cette fois-ci les reflets cristallins d’un univers minéral pur et magique. Des ombres se dessinent sur les demeures inhabitées. J’entends les échos des chiens qui hurlent. Au détour d’une ruelle silencieuse, un cheval surgit de nulle part, galope en mugissant comme s’il avait vu quelque chose d’innommable en pleine nuit. Je commence réellement à comprendre que Real De Catorce est un monde à part, hors du temps, mettant nos cinq sens en éveil.
Non loin de Real, se trouve ce que les habitants appellent el pueblo fantasma. Pour y accéder, j’emprunte à pied un sentier pavé que de nombreux touristes préfèrent grimper à dos de cheval. A mi-chemin, le panorama sur la région est époustouflant. On y distingue clairement la ville et son église imposante au centre. Elle est totalement entourée de montagnes lunaires dont les couleurs, selon la lumière, oscillent entre l’ocre et le jaune pâle.

le village fantôme

Arrivé au sommet d’une colline, je pénètre dans le village fantôme. Ce sont les ruines des maisons qu’occupaient autrefois les mineurs, à proximité de nombreux puits miniers encore visibles. Il est étrange de se promener dans un village entièrement abandonné où l’on peut encore apercevoir une église et des habitations dont on se plaît parfois à observer les détails et à en imaginer le vécu.
Les mexicains lient souvent Real De Catorce au peyote, ce petit cactus non épineux, dont l’ingestion des boutons provoque des hallucinations et que l’on trouve en abondance dans le désert de Catorce. Real a commencé à être de plus en plus fréquentée par des voyageurs en quête de visions, souvent influencés par la lecture des ouvrages de Carlos Castaneda (en savoir plus : http://www.resonancias.org/content/read/182/carlos-castaneda-mago-del-intento-por-hector-loaiza/ ). Il est souvent possible de rencontrer dans le désert ces personnes récoltant les boutons de peyote. Pourtant, la culture du peyote et sa consommation ne sont réservés, par la loi mexicaine, qu’aux seuls indiens Huichols.

Ces indiens, provenant principalement de la région du Nayarit, à environ 400 kilomètres de Real, effectuent chaque année un important pèlerinage jusqu’aux terres de Wirikuta, une montagne sacrée où ils viennent célébrer leur Dieu Hikuri, le Dieu Peyote. Ce Grand Esprit est pour eux un guide et il est consommé lors de cérémonies chamaniques. En effectuant une marche vers cette montagne sacrée, je me suis confronté à un des aspects les plus mystiques de Real De Catorce. De sublimes cactus de toutes sortes sont présents au sommet. On y découvre un panorama impressionnant sur le désert. Mais surtout, de nombreuses offrandes multicolores faites par les Huichols au Dieu Hikuri sont étalées sur le sol. Des spirales réalisées à partir de pierres et représentant le serpent témoignent des croyances animistes de ces indiens.
Cette montagne sacrée appelle au recueillement et à la méditation. On y a curieusement une impression de communion avec la nature. Se retrouver au sommet de Wirikuta est ainsi l’aboutissement d’une quête spirituelle commencée dans le village fantôme de Real De Catorce.