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Reportage sous les hautes latitudes québécoises, en pays inuit.

Après Vancouver Island, direction la terre inuite, le Nunavik s’étend sur plus de 500 000 km2, au nord de la province de Québec. Reportage sous ces hautes latitudes, où le mode de vie traditionnel inuit est mis à mal par l’influence culturelle du Sud.

L’immensité arctique défile depuis plus d’une demi-heure quand le Cessna, après une rapide descente au-dessus de la toundra, se pose mollement sur la piste de terre. Un 4×4 vient décharger notre petit avion. Sur la façade en bois de l’aérogare, de grandes lettres bleues écrivent le nom « Ivujivik ». Le village inuit le plus septentrional du Québec. Loin au nord de Montréal et de la civilisation massée sur les rives du fleuve Saint-Laurent. Plus loin encore que la grande forêt boréale. Un village posé sur le sol granitique, coincé entre l’immensité de l’océan glacial arctique et les terres nues, recouvertes de lichen, qui composent la majorité des terres du Nunavik. Le seul moyen d’accéder à ces latitudes nordiques, c’est l’avion, ou le bateau quand les glaces desserrent leur étau. Pas de routes, ni même de pistes ne relient le sud de la province de Québec aux quatorze villages inuits éparpillés le long de la côte.

Deux familles inuites, qui voyageaient avec moi, s’éloignent rapidement de l’aérogare. Je dois trouver la maison de Susie et Adamie Kalingo. Une amie m’a donné leur adresse : une petite maison rouge, sur le bord de l’eau, au-dessus d’une minuscule plage. A première vue, des maisons rouges, ce n’est pas ce qui manque. Trois cents personnes vivent ici, dans une cinquantaine de maisons et toutes les habitations se ressemblent. Un rez-de-chaussée, un étage, quelques étroites fenêtres. Seule la couleur diffère. Bleue, verte, grise ou rouge. Je quitte l’aérogare à pied.

En traversant le village, je croise des gamins à vélo. Des chiens huskies ou groenlandais du Yukon se précipitent à ma rencontre etme suivent le long des rues en terre battue. Je trouve la petite étendue de sable. La maison rouge. Je frappe à la porte. Susie Kalingo est là. Un grand sourire, des yeux à demi fermés couleur noisette. Elle m’invite à l’intérieur, où elle découpe un phoque chassé hier au large d’Ivujivik. Posé sur un carton à même le sol, elle joue du couteau pour séparer les meilleurs morceaux. Notre repas du soir. Susie Kalingo est née dans un igloo, en février de l’année 1952. Ici même, à Ivujivik. A l’époque, les maisons modernes n’étaient pas encore construites, les Inuits se déplaçaient encore sur la toundra arctique au gré des saisons et des mouvements de la faune sauvage. En un demi-siècle, le quotidien des Inuits s’est métamorphosé. L’époque nomade est révolue, mais l’assimilation dans la vie occidentale n’est pas encore achevée.

Chez Susie et Adamie, la télé capte plus de 120 chaînes via le satellite. Internet arrive en haut débit. L’électricité paraît une évidence. Leurs enfants sont aussi « connectés » que les jeunes de Montréal. Mais là, sur le sol de la cuisine, on découpe un phoque, chassé au harpon et découpé à l’aide d’un ulu, le couteau traditionnel inuit en forme de demi-lune.